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La querelle des Anciens et des Modernes

Auteur : O.Leschiera | Date : 09-02-2016

Les chroniques d'Olivier - Mardi 09 février 2016

LA QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES

Dans l’interview qu’il a réservée à l’équipe de www.horse-ball.org sur le programme des équipes de France en 2016, Raphaël Dubois a abordé la question de l’âge des cavaliers l’équipe de France Mixtes. Avec une moyenne d’âge de 32 ans et seulement deux cavaliers ayant moins de 30 ans lors des Championnats d’Europe 2015, l’équipe de France Mixtes y a encore fait parler son talent et son expérience pour conserver son titre. Mais certains, la voyant mise en difficulté en demi-finale par une sélection Portugaise jeune et vive en pleine (re)construction, ont forcément rouvert le débat sur le caractère vieillissant de cette formation et son renouvellement...

Je me garderai de rentrer dans ce débat à travers cette chronique mais souhaiterais l’éclairer en regardant ce qui se passe aujourd’hui dans le handball et le rugby Français...

L'équipe de France Pro Elite lors du Championnat d'Europe 2015 à Bordeaux (France).


En effet, le mois de janvier 2016 a été marqué par les gros coups de jeune donnés, d’une part, par Claude Onesta lors des récents Championnats d’Europe de handball et, d’autre part, par Guy Novès pour son premier Tournoi des VI Nations...

Mais n’allons surtout pas voir dans ce vent frais une vérité absolue qui devrait guider tous les sports collectifs et tout particulièrement le Horse-Ball...

En effet, si Onesta a rajeuni son Groupe, c’est parce qu’il a d’abord dû faire face à de nombreuses blessures qui ont touché ses "Experts" : il en a ainsi profité pour donner leur chance à de jeunes joueurs et préparer la relève, à l’instar de Nedim Remili (Créteil, 20 ans) ou encore de Ludovic Fabregas (Montpellier, 19 ans). Une opportunité aussi permise par l’organisation du handball Français comme l’a expliqué Philippe Bana, son directeur technique national (DTN) : "Depuis vingt ans, pour renouveler l’élite, le handball français prépare et investit sur l’avenir. Nous nous appuyons sur nos 24 pôles espoirs répartis sur tout le territoire et sur un partenariat avec les clubs professionnels qui jouent le jeu de la formation". Mais aussi permise par la "culture de la gagne" qui anime les "Experts", doubles champions Olympiques, et qui parle aux plus jeunes, inspirés par les exploits médiatisés de leurs pairs...

Si Novès a lui aussi fait appel à une garde jeune, c’est parce que plusieurs cadres ont pris leur retraite internationale à l’issue de la dernière Coupe du Monde et parce qu’il a tout à reconstruire : il prend la succession de Philippe Saint-André après le fiasco Anglais (notamment la lourde défaite contre les Blacks en quart de finale) et même après quatre années de mandat où jamais une équipe de France professionnelle n’a présenté un bilan aussi piètre (44% de victoires) ! Novès, concentré sur l’objectif de la prochaine Coupe du Monde en 2019, a fait le choix de la rupture. Un choix rendu aussi possible, comme au handball, par la disponibilité d’un vivier de jeunes joueurs prometteurs et déjà aguerris aux prémices du haut niveau international à travers des compétitions réservées aux équipes de moins de 20 ans (Tournoi des VI Nations, Coupe du Monde). A l’image de Jean-Marc Doussain et Paul Jedrasiak qui étaient capitaines de l’équipe de France des moins de 20 ans en 2011 et 2013 et étaient titulaires ce samedi contre l’Italie...

Les coups de jeune dans le handball et le rugby ont donc été poussés par des raisons différentes mais ne se sont avérés possibles que parce que la relève et le vivier étaient prêts...

Est-ce que le Horse-Ball est dans une telle situation ?

Bonne question...

L'équipe de France Pro Elite lors du Championnat d'Europe 2015 à Bordeaux (France) face au Portugal.


S’il faut se comparer au handball et au rugby, le destin de l’équipe de France de Raphaël Dubois ressemble beaucoup plus à celui d’Onesta : comme les handballeurs, les horse-balleurs Bleus sont sur le toit du Monde mais certains couples joueur/cheval sacrés ces dernières années vieillissent ou ne sont plus ensemble. Il est forcément plus difficile pour Onesta et Dubois de renouveler une équipe qui gagne encore tout alors que Novès n’est pas confronté à ce dilemme. Difficile de changer une équipe qui gagne, non ? Rugby et Horse-Ball ne sont pas non plus dans la même dimension temporelle : à  chaque rencontre internationale, c’est comme si les Horse-Balleurs Bleus remettaient leur titre de meilleure équipe du monde en jeu alors que les rugbymen Bleus ont quatre ans pour se préparer et savent que la défaite pourra faire partie du chemin...

Autre interrogation à se poser avant d’engager une cure de rajeunissement : est-ce que le vivier est prêt pour remplacer au niveau international des cavaliers comme Nicolas Thiessard, Benoît Lévêque, Florian Moschkowitz ou Romain Depons qui ont tous plus de 35 ans désormais ?

Tout le monde aura son avis mais deux certitudes semblent s’imposer par comparaison aux autres sports...

La première est qu’il est important, pour y parvenir, que le Horse-Ball, comme me le confiait d’ailleurs récemment Luc Laguerre dans ses vœux pour 2016 sur la page de la HB little family, organise et structure des compétitions autour des U21 à l’instar de ce que font le football, le rugby, etc... Raphaël Dubois l’évoque d’ailleurs dans l’interview en parlant de l’importance de cette équipe des moins de 21 ans : les cavaliers de cette sélection se retrouveront encore cette année à Lamotte pour travailler en marge du Grand Tournoi et auront peut-être l’opportunité de participer à des matches contre d’autres sélections Européennes. Ce sera positif et cette démarche gagnera à être rendue pérenne.

La seconde est que le vivier ne pourra se développer que lorsque les plus jeunes joueurs talentueux auront facilement accès à l’expérience et la culture de la gagne des joueurs les plus expérimentés. Outre la médiatisation globale qu’il faut évidemment renforcer pour qu’elle touche tous les jeunes, la création d’un championnat poney élite se jouant sur toute l’année et se terminant par des finales à Lamotte sous l’œil des meilleurs coaches et joueurs serait une piste pour fédérer très tôt une base plus large de jeunes cavaliers prometteurs. Dans certains régionaux, les niveaux entre les clubs sont parfois trop disparates pour permettre aux meilleurs de progresser à leur rythme. Un championnat pour les meilleurs jeunes à l’image de la Coupe Gambardella en foot par exemple...

Antoine Cocoynacq et Clément Haby lors du Championnat d'Europe 2015 à Bordeaux (France).


Et puisque je viens de parler de ballon rond, revenons, pour finir, sur l’épopée des Bleus en 1998 et en 2006. Les deux dernières fois où l’équipe de France de foot est allée en finale de la Coupe du Monde. Les deux équipes présentaient un mélange efficace de joueurs jeunes et plus expérimentés, preuve que le secret est probablement toujours la recherche du meilleur compromis. En 1998, Thierry Henry et David Trézéguet représentaient la jeune garde qui pouvait bousculer des joueurs plus âgés et allaient devenir, 8 ans plus tard, les joueurs expérimentés qui allaient accueillir des jeunes comme Franck Ribéry. Zidane, à 8 ans d’écart, a éclaboussé de sa classe les deux épreuves et a même probablement réalisé son match le plus abouti de toute sa carrière contre le Brésil… en 2006 ! Preuve que l’âge et l’expérience peuvent aussi être des atouts incroyables et que la querelle entre Anciens et Modernes n’a pas forcément de sens... La priorité est de faire jouer les meilleurs du moment présent sans jamais oublier ni hypothéquer l’avenir : à ce titre, la présence chez nos Bleus de joueurs comme Clément Haby et Antoine Cocoynacq doit nous donner confiance dans l’avenir et être renforcée par l’arrivée de futurs champions, préparés pour cela depuis leur plus jeune âge...

Le chemin est encore long pour un sport aussi jeune que le nôtre mais avançons ensemble et motivés sur cette voie-là !

Jean-Baptiste Depons lors du Championnat d'Europe 2015 à Bordeaux (France).
 
 

Horse Ball

  Olivier Leschiera a découvert le horse ball grâce à ses deux filles qui le pratiquent à Montéclin (Ile de France). Grand amateur de sport en général mais non-cavalier, il s'est épris de cette discipline et a à coeur de partager sa passion, soit en commentant régulièrement des matches (il est l'un des speakers sur l'évènement "Jardy - Horse Ball"), soit en écrivant, notamment sur la page Facebook de la HB little family qu'il a créée en ce sens.

Horse Ball

 

Vos commentaires

Publié par Olivier_HBLF le 10-02-2016 12:20

@ Mali : bonne proposition ! (je suis en phase sur le fait qu'une semaine est trop longue avec les moyens disponibles. Les stages organises par des joueurs de foot par exemple sont possibles sur une semaine parce qu'ils sont pros et je ne suis pas certain qu'ils assistent a toute la semaine d'ailleurs). Pour info, en 2015, le CREIF a organise une journee en mai de perfectionnement avec les cavaliers d'IDF.

Publié par Mali le 10-02-2016 10:18

@olivier:

Je pense qu'une semaine serait trop complique a mettre en place. La plupart des joueurs/joueuses ont une famille, qu'ils/elles ne voient deja pas pendant les we de ballon, et regulierement des boulots prenant.
Mais ca pourrait etre interessant de repertorier par region:
- les clubs disponibles pour louer leurs installations/organiser le stage
- les joueurs majeurs de la region disponibles pour effectuer des stages d'une journee de facon ponctuelle (1 fois par trimestre par ex).
-le tarif par participant pour 1 journee
- le nombre de participant par intervenant
- ouvrir les seances au public pour que ceux qui n'ont pas pu participer (moyens/places limitees) puissent venir s'instruire... Etc

Publié par Olivier_HBLF le 09-02-2016 23:51

@ heritage, Peuimporte, H-BO : je pense qu'il faut laisser le temps aux champions actuels de faire leur carriere et de voir ensuite ce qu'ils apporteront. Forcement, ils auront des choses a apporter et je crois qu'il faut aussi leur dire. Nos jeunes ont besoin d'apprendre et d'etre tires vers le haut. Cependant, je pense qu'on pourrait aussi chercher des moyens de transmettre sans attendre que les joueurs aient pris leur retraite.

Si les clubs de jeunes arrivaient a se regrouper dans leurs regions sur une journee par trimestre par exemple en envoyant chacun un ou deux de leurs meilleurs elements, on pourrait peut-etre plus facilement organiser des stages a la journee. On aurait des groupes de 10 a 15 cavaliers (par exemple) et pourquoi pas 2 intervenants (je reflechis presque a voix haute) qui les feraient travailler sur des sujets differents (travail a cheval, secteurs de jeu specifiques, etc.).

Publié par Olivier_HBLF le 09-02-2016 23:39

Merci de vos retours, commentaires et pistes de reflexion car cela fait avancer le debat, a condition que nous restions bienveillants et respectueux. J'y tiens sur mes chroniques car nous essayons ensemble d'echanger sur des pistes de progres pour notre sport !

@ Mali : je ne suis pas rentre assez dans la piste de la formation / partage et transferts des connaissances et competences dans mon billet mais tu as raison. Il faudrait renforcer les liens entre les meilleurs joueurs et le maximum de jeunes. Oh, l'ideal serait d'avoir des stages d'une semaine comme cela se fait dans beaucoup d'autres sports l'ete avec des professionnels qui ont du temps pendant la pause estivale mais commencer avec des stages a la journee pourrait etre plus facile.

@ Chriss : tu as raison sur le role et l'impact du cheval. Cela induit une incertitude ou une richesse en plus. Sur la page Facebook de la HB Little Family, j'avais interroge en decembre Benoit LEVEQUE et son interview montrait combien un cavalier a besoin de son cheval et n'est rien sans lui. Tu utilises le mot 'pilote' et ayant travaille plusieurs saisons en F1, j'apprecie l'humilite et le respect de beaucoup de cavaliers vis-a-vis de leur monture en regard des reactions souvent nombreuses de pilotes rejetant la faute sur leur machine... C'est ce que j'aime dans le HB...

Publié par H-BO le 09-02-2016 16:37

@heritage : Si tu ecris ce commentaire un peu debile sur ce site, c'est grace aux thiessard...

Publié par Peuimporte le 09-02-2016 15:57

@heritage. J'attire juste ton attention sur le fait que, il me semble, les anciens que tu cites ont commencee a transmettre une fois leur carriere terminee ou /et surtout parce que le cheval est leur metier et que le horseball fait partie de leur fond de commerce. Aujourd'hui'hui le horseball demande enormement de temps et d'investissement, il est donc difficile pour un joueur d'aller transmettre son experience en dehors de son club. Je n'imagine pas les joueurs actuels de l'EDF ne pas apporter leur experience au monde du hordeball, quelque soit la maniere, une fois leur carriere de joueur terminee

Publié par heritage le 09-02-2016 13:20

Oui il est effectivement dommage que nos champions ne s'investissent pas plus pour le developpement de leur sport et la formation des jeunes. Il me semble que la generation d'avant (Dubois, Motard, Soubes, Desormeaux, Lefort, Saur, Petrequin) etaient actifs. Du coup, ils ont permis de laisser un heritage a la discipline. Aujourd'hui que vont laisser les Thiessard, Depons, Le Gall, Leveque et Co ?

Publié par chriss le 09-02-2016 12:38

Il y a un point supplementaire non souleve dans la chronique: le fait que dans le horseball, il existe egalement le facteur cheval... qui lui aussi a une carriere, generalement plus courte que le joueur.
Il est ainsi beaucoup plus complique pour un selectionneur d'anticiper, ou de miser sur un joueur pour le futur a mon avis. Clement et Antoine sont peut etre l'avenir des bleus, mais ils ne le sont pas sans une cavalerie qui le leur permette, si leur chevaux ne sont pas jeunes actuellement (je ne le sais pas). Cela va a mon avis dans le sens du selectionneur qui choisi generalement plus les meilleurs du moment, que les potentiels joueurs du futur et qui peut donc s'etre permis de prendre des joueurs 'vieillissant'. L'anticipation du futur est a mon avis bien plus incertains au horse-Ball que dans les autres sport le talent n'etant pas simplement dependant que des qualites du 'pilote'...

Publié par Mali le 09-02-2016 12:35

Quid du transfert de connaissances? Dont vous ne parlez pas dans ce billet.
Si on regarde un peu les autres sports equestres, c'est un element qui est assez bien mis en place: les meilleurs cavaliers FRANCAIS organisent des stages de perfectionnement, participent aux differentes preparations.. Etc
A l'heure actuelle, je trouve que peu de joueurs/joueuses majeur(e)s du circuit francais proposent de partager leurs connaissances... Et c'est fort dommage.
Il est evident que le principal probleme c'est que ce n'est tout simplement pas un metier, et que faire des stages ca demande du temps et de l'argent...
Ce serait pourtant tres interessant, ca permettrait aux joueurs de confronter les methodes de leurs coachs avec d'autres methodes, de decouvrir de nouveaux exercices et de nouvelles visions du jeu... Etc
Dans le cycle de formation des jeunes qui n'ont pas forcement acces a l'EDF telle ou telle annee, ca permettrait tout de meme de les faire evoluer!

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