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DOSSIER : L'arbitrage en France - II

Auteur : ML / www.horse-ball.org | Date : 27-11-2013

Dossier de www.horse-ball.org : L'arbitrage en France avec Clément Picard - Partie II

Affirmer que le horse ball est un sport éminemment collectif ne constitue pas une réelle avancée dans le monde du horse ball. Cependant réaffirmer cet état de fait est primordial pour cerner les enjeux du thème abordé aujourd’hui : l’arbitrage en France.

L’arbitre de horse ball fait partie intégrante du jeu : effectivement, sans arbitre pas de match. A la manière de n’importe quel autre sport d’équipe, l’arbitre est au moins aussi important que le dressage du cheval ou la maîtrise du ballon. Seuls juges sur les matchs, les arbitres sont les modérateurs et les protecteurs du jeu. Plus largement, ils sont garants de la sécurité sur et autour du terrain.  Au nombre de 2 (un arbitre de terrain et un arbitre de chaise), ils peuvent être accompagnés d’un arbitre de sécurité, qui est en revanche obligatoire en Pro Elite.

Qui sont ces personnes qui sanctionnent, rappellent à l’ordre... et coupent le jeu ?

Le horse ball est une discipline régit par les règles et règlement de la Fédération Française d’Equitation. Les arbitres font partie de la grande famille des Officiels de Compétition. Il existe une multitude de fonctions, toutes disciplines confondues, derrière ce terme générique : commissaire au paddock, chronomètreur, chefs de piste, juge... et arbitres de horse ball ! Il en découle une hiérarchie dans les compétences arbitrales. En effet, il existe trois échelons : CLUB, NATIONAL et NATIONAL ELITE.

D’après le règlement fédéral, pour chaque compétition de horse ball, outre les 3 arbitres indispensables au déroulement d’un match, les organisateurs font appel à un Président de jury (aussi appelé "Superviseur") . Ce dernier n’est autre qu’un arbitre présent sur la liste des Officiels de Compétition et qui est en charge de superviser l’ensemble des rencontres d’une étape. Interlocuteur privilégié pour les arbitres et l’organisateur, il est responsable des décisions rendues. Pour endosser la responsabilité de Président de jury, sur des étapes d’un niveau Amateur Elite ou Pro, ce dernier doit avoir au minimum la qualification d’arbitre National. Seuls les arbitres Nationaux Elite ont l’habilitation nécessaire pour officier en temps que Président de jury sur les étapes Pro Elite.

Pour ces hommes tant conspués qu’applaudis pour leurs décisions, une cohésion, une institutionnalisation des statuts permet de les protéger et de renforcer une légitimité indispensable au respect de la fonction. Si le jeu est la structure de ce sport, l’arbitre en est la clé de voûte qui tient l’édifice debout.

Pour ce 2ème volet de notre dossier "L'arbitrage en France" (retrouvez le 1er article ici), la rédaction de www.horse-ball.org s’est penchée sur les méandres de l’organisation régionale de l’arbitrage. Pour ce faire, nous avons rencontré Clément Picard, responsable de l’arbitrage de la région Ile de France et arbitre National Elite. Les écarts entre arbitrage national et régional, la formation et le suivi des jeunes arbitres, les difficultés qu’il rencontre... il nous dit tout sur l’état de l’arbitrage !

. www.horse-ball.org : Bonjour Monsieur Picard, pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous expliquer votre action dans le horse ball ? ?
. Clément Picard : J’ai 24 ans, bourguignon de coeur et parisien d’adoption, je suis cavalier depuis l’âge de 3 ans, dans le centre équestre maternel. Je suis tombé dans le monde du horse ball il y a une dizaine d’années seulement, et petit à petit j’ai accumulé les fonctions : joueur bien sûr, et rapidement entraineur, puis arbitre et organisateur de compétitions. Avant, et un peu en parallèle du horse ball, j’ai été joueur de handball pendant près de 10 ans, et arbitre, déjà, au niveau pré-national. En 2008, j’ai créé une association, HBIDF, comme "Horse Ball Ile-de-France", afin de mieux structurer l’arbitrage du horse ball en région Ile-de-France (qui comprend aussi la Picardie et la Bourgogne), et d’organiser des formations. On partait d’un constat simple : il y avait très peu d’arbitres, alors c’était souvent les joueurs du match 1 qui arbitraient le match 2, et ainsi de suite... ce qui n’amusait personne. Pour HBIDF, je me suis inspiré de ce que j’avais connu au handball : des arbitres désignés qui ne viennent que pour arbitrer, des arbitres défrayés, et des arbitres encadrés, suivis et formés, tout au long de l’année, par des personnes compétentes. Au départ je n’avais pas forcément la légitimité pour former les arbitres, je me suis donc entouré d’arbitres expérimentés de la région, comme Denis Boulard et Quentin Gauthier-Lafaye, et plusieurs joueurs de haut niveau présents dans la région, à Gif et à Chambly. Aujourd’hui, HBIDF fournit en arbitres plus de 250 matchs par an en région, et a initié et formé à l’arbitrage une bonne trentaine d’arbitres en 5 ans, dont la plupart a moins de 25 ans. Et plus largement, nous avons contribué à structurer la pratique du horse ball dans la région, grâce notamment à un site qui diffuse tous les classements, les résultats, les classements des buteurs, et toutes les infos importantes dans la région. Enfin, étant aux premières loges de la formation, et avec déjà une solide expérience d’arbitre de handball, j’ai rapidement évolué dans l’arbitrage du horse ball : j’ai été promu Arbitre National il y a 2 ans, ce qui me permet d’arbitrer jusqu’en Pro Elite.

. www.horse-ball.org : Comment se déroule l’organisation d’une journée d’arbitrage sur le circuit régional ?
. Clément Picard : Des moustiques à l’Amateur Mixte, le système est le même. Le lundi soir, on connaît les équipes engagées sur la journée du dimanche suivant, alors je commence à évaluer de combien d’arbitres on aura besoin. En tant que coordinateur de l’arbitrage en Ile-de-France, j’ai un "pool" d’arbitres dont je connais les qualités et les compétences, et je commence à envoyer des messages aux arbitres pour savoir s’ils sont disponibles. Comme j’ai en face de moi des arbitres très réactifs et motivés, en 24h je sais sur qui je peux compter. Et quand l’organisateur me transmet sa grille de matchs, je n’ai plus qu’à placer tel arbitre sur tel match. En fait, il s’agit de trouver le bon arbitre sur le bon match, pour ne pas que l’arbitre soit en difficulté, et que le match se déroule de la meilleure façon possible. Une fois les désignations finalisées, je les renvoie à l’organisateur et aux arbitres. De plus en plus, on essaie d’ajouter un superviseur qui va observer et encadrer les arbitres sur la journée.

. www.horse-ball.org : Y a-t-il une formation des arbitres par la FFE ?
. Clément Picard : Au niveau régional, ce n’est pas la FFE qui assure la formation, mais le Conseil Régionial d’Equitation (CRE). Dans notre région, l’association HBIDF agit au nom du CRE et organise les formations, fait venir les arbitres et les intervenants. Nous agissons en bonne intelligence avec le CRE, qui nous fait confiance, et que nous tenons régulièrement informé des formations organisées et des personnes qui les suivent. En contrepartie, le CRE finance les intervenants des formations.

. www.horse-ball.org : A quel moment est il décidé que les personnes à qui vous confiez des arbitrages peuvent être qualifiées "d’arbitre" ? Y a-t-il une formation spécifique, une validation d’acquis quelconque qui permettrait d’harmoniser une certaine reconnaissance de l’aptitude à arbitrer ?
. Clément Picard : C’est une bonne question... qu’est-ce qui fait qu’on devient arbitre ? En Ile-de-France, nous avons pris le parti qu’on ne devenait pas arbitre une fois pour toute, ni du jour au lendemain. Nous misons sur les jeunes arbitres, et cherchons à les faire évoluer sur plusieurs années, dans un mode de formation continue. Concrètement, un jeune qui veut s’essayer à l’arbitrage nous contacte, via son club le plus souvent, et on lui propose de s’essayer sur un match ou deux, à pied (moustiques / poussins). A ce moment là, il y a forcément un arbitre plus expérimenté qui l’encadre et l’aiguille. Si le jeune arbitre est content de cet essai, alors on lui propose de participer à des formations pratiques. On ne fait plus de formation "en salle" où on parle du règlement. On demande aux jeunes arbitres de lire et de connaître le règlement, et la formation se fait sur les matchs arbitrés, avec un formateur qui est là toute la journée, au bord du terrain, avec tous les arbitres. Et comme il y a toujours au moins 4 ou 5 arbitres sur une journée, tous n’arbitrent pas au même moment (ce qui permet au formateur de faire des points, des débriefing, etc...). Et on essaie de répéter ces temps de formation le plus souvent possible dans l’année. Et pour s’assurer de la connaissance du règlement, nous demandons aux arbitres de répondre à 20 questions sur le règlement, à peu près chaque année. Les arbitres remplissent ces questionnaires chez eux, avec le règlement sous les yeux. L’objectif n’est pas de les piéger, mais bien de s’assurer qu’ils ont lu, et compris, le règlement.  La formation s’étale donc dans le temps, et n’est jamais vraiment finie. Enfin, pour répondre précisément à votre question, il n’y a pas de validation fédérale des acquis pour les arbitres de région (grade "Club"). C’est juste le responsable de région qui déclare tel et tel arbitre de niveau "Club". Mais comme on est quelques-uns dans la région à avoir au moins le grade "National", on garde un contact avec ce qui se fait dans les autres régions, et ce qui est attendu partout (façon d’arbitrer, compréhension du règlement, etc...).

. www.horse-ball.org : En parallèle de cette activité régionale, vous êtes, je le rappelle, arbitre de Pro Elite. Vous entrez alors à ce compte dans un système sportif géré par la FFE. L’organisation de l’arbitrage est-elle la même ?
. Clément Picard : Sensiblement, oui. D’autant que depuis quelques années, la gestion de l’arbitrage au niveau national a évolué, et ressemble assez à ce qu’on fait en Ile-de-France : des arbitres désignés spécifiquement pour chaque match, avec un défraiement, un superviseur qui évalue et guide les arbitres, etc... Il y a deux "petites" différences entre la Pro Elite et ce qu’on fait en région. C’est, d’une part, l’arrivée des paris sportifs qui oblige à beaucoup plus de rigueur dans l’organisation de l’arbitrage et des rencontres (respect du timing, protocole, etc...). Et d’autre part les formations au niveau national sont obligatoires pour continuer à arbitrer, or c’est plus difficile d’être si strict au niveau régional, notamment dans les régions où il y a peu d’arbitres...

. www.horse-ball.org : Nous venons donc de le voir, vous êtes présent sur les deux tableaux, acteur dans le secteur régional, géré par les Comités Régionaux d’Equitation, mais également dans les circuits fermés qui sont du ressort de la FFE. Pourtant le règlement est national, les institutions dirigeantes aussi, alors percevez vous un décalage, un horse ball à deux vitesses ?
. Clément Picard : C’est évident, il y a des décalages de développement dans le horse ball, et de fait dans l’arbitrage. Mais s’il y a un horse ball à plusieurs vitesses, ce n’est pas forcément entre le niveau national et le niveau régional, mais plutôt entre les régions. En effet, l’Ile-de-France est une région plutôt bien développée, avec beaucoup d’arbitres, et historiquement des clubs importants qui fournissent des joueurs au plus haut niveau. Mais il y a des régions qui sont moins en avance, et où l’organisation des compétitions régionales et de l’arbitrage est un peu plus "brouillon". Or la majorité des joueurs et des arbitres de horse ball évolue au niveau régional, c’est vers eux que devraient aller les efforts de développement. Mais ce n’est pas qu’une question de moyens financiers, les CRE ont des lignes budgétaires importantes pour la formation, dans chaque région. Sauf que peu de gens le savent et les utilisent... De fait, cela pose la question de l’homogénéité de l’arbitrage, mais là encore, le décalage n’est pas entre le national et le régional, c’est entre les régions. On a encore trop souvent des divergences d’appréciation de situations, entre différentes régions (car on peut considérer que les arbitres d’une même région sont plutôt homogènes entre eux). Et ces décalages entre les régions peuvent se faire ressentir jusqu’aux plus hautes catégories, où deux arbitres issus de deux régions différentes ne vont pas toujours avoir la même appréciation d’une situation de jeu. Fort heureusement, le fait que ce soit souvent les mêmes arbitres qui évoluent sur les circuits fermés permet de "lisser" les divergences, et d’avoir, petit à petit, un arbitrage plus homogène au niveau national.

. www.horse-ball.org : Fort de cette expérience, quel est selon vous l’avenir de l’arbitrage dans le horse-ball ? Au niveau national autant qu’au niveau régional, dans quelle direction faudra-t-il avancer pour l’évolution de ce sport en devenir ?
. Clément Picard : On dit souvent que sans arbitre, il n’y a pas de joueur. Moi je rajouterais que sans des bons arbitres, il n’y a pas de bons joueurs, ni de bons matchs. C’est pour ça que je crois que le développement de l’arbitrage est un impératif si on veut développer le horse ball. Et cela passera, d’abord, par l’échelon régional. Il y a souvent des bonnes volontés dans les régions, mais parfois un peu livrées à elles-mêmes. Il faudrait systématiser une structuration de l’arbitrage dans chaque région, avec des liens étroits et un pilotage au niveau national, pour assurer la cohérence de l’ensemble, comme cela se fait dans d’autres sports. Enfin, et ça n’a pas grand chose à voir mais cela pourrait fluidifier l’arbitrage et faciliter la formation... il faudrait que les deux arbitres puissent communiquer pendant le match. Aujourd’hui les talkies-walkies ne permettent qu’au référé de parler à l’arbitre central, mais celui-ci ne peut pas lui répondre, c’est assez frustrant. Dans l’idéal, quand j’arbitre à cheval, j’aimerais pouvoir dire à mon référé de faire attention à telle ou telle situation. Et quand je forme des jeunes à l’arbitrage, j’aimerais entendre ce qu’ils disent aux joueurs quand ils sont au centre du terrain, pour les prévenir.

. www.horse-ball.org : Pour finir, donnez moi 1 avantage et 1 inconvénient à arbitrer ?
. Clément Picard : Arbitrer c’est avoir une position privilégiée, au plus proche de l’action, et c’est extrêmement gratifiant de se dire qu’on permet le match. Mais en même temps c’est vrai qu’il faut parfois faire face à des joueurs ou des entraineurs qui réclament un peu trop, c’est souvent pénible... mais heureusement, il y a plus d’avantages que d’inconvénients !

. www.horse-ball.org : Merci beaucoup pour toutes ces réponses et bon courage pour la suite de votre carrière dans l'arbitrage !

Copyright images : JuNiThi, Fiona Conroy-Aktouche & Delphine Parent

 

Vos commentaires

Publié par arbitre le 30-11-2013 16:54

Merci pour ces articles qui ne font pas tomber autant de post que le classement WHBO, mais qui sont dix fois plus interessants. Le dernier dechainement de post sur l'arbitrage a Saumur mets ces articles au top de l'actualite horseballistique. et nous rappelle que l'arbitre n'en reste pas moins un joueur qui veut que son sport evolue dans le respect des regles et le respect du cheval. Les grosses differences d'arbitrage Nord/Sud sont evidentes, mais le nivellement vers le haut est imperatif et fera que notre sport sera respecte par le monde sportif en general. il faut sortir du cliche 'horseball-boucher' comme le rugby s'en est sorti. C'est l'affaire de tous, joueurs, soigneurs, coach, supporters et...arbitres. Il est cent fois plus plaisant d'arbitrer un match ou l'on peut officier sans devoir faire taire l'un ou l'autre et se concentrer sur l'essentiel: etre bon dans son role.
Vivement le volet nd3...

Publié par Glouglou le 29-11-2013 16:22

Belle interview, qui donne de bonnes idees pour mieux developper le horse-ball dans nos regions. Je suis a 100% d'accord avec ce qui est dit : si on veut faire avancer le horse-ball, c'est avant tout par les regions ! Bravo pour les initiatives prises en IDF, merci a horse-ball.org de nous les faire connaitre !

Publié par Barniedelaurieville le 29-11-2013 15:21

Je suis tres content et je renouvelle toutes mes felicitations a l equipe de hb.org. Je souhaite par la meme, un tres joyeux noel a tous, meme au pere Noel!
C'est justement pour souligner la qualite de l article que je me suis permis un petit post teinte d humour...n'en deplaise a TuNous...qui a ce rythme, risque de nous faire un petit ulcere pendant les fetes...

Publié par TuNous... le 29-11-2013 12:34

Barniedelauriville, si tu n'es pas content, tu n'as qu'a pas lire !
HB.org fait des efforts pour nous parler d'autre chose que les scores, pour faire connaitre notre sport, pour en faire la promotion aupres de tous...
Alors ce n'est peut-etre pas le Pulitzer mais si tu peux faire mieux, fais le et laisse les tranquilles !

Publié par barniedelauriville le 28-11-2013 14:59

Encore un article genial ! Les tintins reporters de hb.org ont encore frappe! Je sens que le 'Pullizer' n'est plus tres loin...Quand on donne du bonheur aux gens a ce point, c'est un peu comme si on devenait le pere Noel! Merci les gars...Arbitre regional puis arbitre national : roulement de tambour, attention mesdames et messieurs, a votre avis, quelle sera la vedette internationale qui cloturera ce sujet? Impatience,quand tu nous tiens...

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