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Coaching : La gestion d'une equipe...

Auteur : O.Leschiera | Date : 15-02-2017

Les chroniques d'Olivier - Mercredi 15 février 2017

COACHING : LA GESTION D'UNE EQUIPE !

En ce début d’année, j’ai souhaité vous proposer quelques chroniques basées sur certaines de mes lectures hors Horse-Ball : management, sport, l’idée est de prendre un peu de hauteur et de s’ouvrir à la réflexion en tendant des liens avec d’autres univers...

Vern Cotter

Inspiré par la lecture de plusieurs articles dans l’Equipe rédigés par Dominique Issartel dans le cadre du Tournoi des VI Nations, ce billet pourra inspirer, je l’espère, les joueurs et les coaches intéressés par l’expérience et l’expertise des coaches des équipes d’Angleterre et d’Ecosse : l’Australien Eddie Jones qui a fixé à son XV de la Rose l’objectif de remporter le titre mondial en 2019 et le Néo-Zélandais Vern Cotter dont le XV au Chardon revient depuis 2014 sur le devant de la scène Européenne...

Eddie Jones

CONSTRUIRE ET ENTRETENIR UNE VISION POUR SON EQUIPE

Eddies Jones comme Vern Cotter font reposer leur management sportif sur une vision, un sens donné, une histoire à écrire partagés puis portés par leur équipe.

Ainsi, Eddie Jones explique qu’il avait dit aux Japonais (la précédente équipe qu’il dirigeait et qui n’avait gagné qu’un seul match de Coupe du Monde en vingt-quatre ans…) lors de leur première rencontre : "Vous allez devenir la meilleure équipe que le Japon ait jamais eue". Vision qui devint réalité lors de la Coupe du Monde 2015 puisque la formation Nippone battit, à la surprise générale, l’Afrique du Sud 34 à 32.

Jones a reconduit la même démarche avec les Anglais en leur fixant un seul et simple objectif : "Devenir les meilleurs du monde". L’Australien est même allé plus loin en écrivant une histoire qu’il a partagée avec ses joueurs en leur annonçant qu’ils battraient d’un point les All Blacks en finale, convaincu de l’importance de sa démarche et ne se souciant pas une seconde de passer pour un arrogant : "J’ai cinquante-sept ans et je me fiche pas mal de ce que les gens pensent de moi. Je suis sûr d’une chose, mes joueurs, mon staff et moi, on a besoin de rêve. Et ce rêve, c’est de remporter la Coupe du Monde 2019. Je veux que mes joueurs pensent à ça tous les jours. Et plus je leur dis, plus ils le lisent dans les journaux, plus cela devient une réalité pour eux".

Mais c’est surtout le travail du sens donné par Vern Cotter qui est remarquable, un travail qu’il a basé sur l’histoire du pays pour créer et entretenir une identité d’équipe. Approche qu’il avait déjà suivie à Clermont quand il entrainait les Jaunards de 2006 à 2014 : "L’Ecosse, c’est un pays unique ! Un beau pays, avec une histoire des luttes, plein de choses qui font que les gens ici sont introvertis, qu’ils manquent peut-être un peu de confiance. Mais ils sont honnêtes, droits, travailleurs, et là, on a étudié l’histoire des Ecossais dans les guerres. Il y avait de l’espoir à retrouver et il fallait montrer aux joueurs qu’ils faisaient partie de quelque chose d’unique et qu’ils devaient être fiers de ça et plus ambitieux dans le jeu". Un travail qui paie puisque l’Ecosse occupe désormais la septième place au classement WorldRugby et a remporté le match inaugural du Tournoi des VI Nations, ce qu’elle n’avait plus réussi depuis 2006... Vern Cotter insiste  "On a développé plus de confiance dans notre jeu. Avant, les Ecossais étaient contents de ne pas perdre de beaucoup. Maintenant, il y a une grosse envie de gagner le match, de ne pas être satisfait d’un match bien joué mais perdu. Niveau culture, attitude, les choses ont changé. Mais apprendre à gagner, c’est un passage où tu connais toujours des déceptions. Contre l’Irlande, on a réussi à faire basculer le match en notre faveur. Ca ne veut pas dire maintenant, on va toujours gagner mais ça valide beaucoup de travail". Un discours que les joueurs du Chardon auront probablement entendu ce dimanche au Stade de France après leur courte défaite contre nos Bleus… Un discours que Cotter résume finalement ainsi : "On a senti qu’on avait planté nos racines. C’est plus facile quand on sait pourquoi on fait les choses, quand il y a un sens".

S’inventer une histoire et l’entretenir et s’aligner sur des objectifs communs et partagés qui ont et font du sens sont des principes managériaux que l’on retrouve dans toute grande équipe. "Même maillot, mêmes objectifs" comme le dit Florian Moschkowitz…

FAIRE PROGRESSER LES JOUEURS AVEC UN STAFF EXPERT ET PLURIDISCIPLINAIRE

Cotter souligne aussi que les progrès de ses joueurs sont forcément liés à l’attention apportée à renforcer le staff : "On a un bon staff aussi avec Nathan Hines (ndlr : 77 sélections), un jeune entraîneur intelligent, comme il l’était sur le terrain. Il a une façon de communiquer qui est proche des joueurs mais il est exigeant avec eux, sur ce qui fait qu’un joueur est meilleur, tactiquement et humainement. Jonathan Humphreys apporte beaucoup sur ce qui touche à la mêlée. Jason O’Halloran, à mon avis, c’est l’un des meilleurs sur tout ce qui est attaque et ligne de trois-quarts. On est un groupe qui vit bien et qui aime ce qu’il fait". Un staff compétent pour faire progresser les joueurs en fonction de leur poste mais un staff qui ne s’arrête pas qu’à l’aspect sportif. Le coach des Ecossais précise : "On sait que le rugby, c’est des émotions. Des fois, on avait trop d’émotions. Donc, il fallait travailler aussi la tête. Eric Blondeau (ndlr : spécialiste des mécanismes comportementaux appliqués à la performance avec qui Cotter avait collaboré de 2008 à 2010 à Clermont) m’a donné un coup de main là-dessus. Et j’ai aussi un autre gars qui, lui, travaille sur l’histoire du pays".

Mais c’est Eddie Jones qui a probablement le staff le plus étoffé avec, excusez du peu, entre dix et quinze membres !

Tout d’abord, le coach du XV de la Rose s’appuie sur un noyau dur de quatre collaborateurs en charge du travail de la défense, des avants, de la mêlée et de la préparation physique.

Ensuite, Jones fait appel à plusieurs consultants techniques pour optimiser les détails : soit régulièrement, soit plus ponctuellement pour traiter un problème ou progresser sur un point précis. Jonny Wilkinson intervient sur le jeu au pied en faisant partager son expertise, George Smith, ancien troisième ligne Australien, a animé des ateliers pour optimiser l’efficacité sur les regroupements...

De plus, le coach a aussi dans son staff deux anciens judokas depuis l’automne dernier (Kate Howey, vice-championne Olympique à Sydney en 2000 et Jean-Paul Bell, l’actuel entraîneur national) pour muscler le jeu de son équipe. Les Anglais ont même intégré récemment des séances de MMA (Mixed Martial Arts) dans leur programme d’entraînement : "les sports de combat développent des qualités très utiles pour le rugby. Il faut bien sûr les transposer au rugby mais elles peuvent servir dans toutes les zones de contact".

Enfin, deux collaborateurs extra-sportifs s’impliquent dans le staff Anglais. Jeremy Snape, ancien international de cricket et psychologue, mène un travail individuel avec certains joueurs en difficulté (comme le pilier Marler qui a du mal à canaliser son agressivité) mais se concentre surtout sur la création d’un langage commun et de codes partagés qui sont cohérents avec la vision globale du coach dont nous avons parlé précédemment et qui vont permettre au groupe de réagir ensemble à des situations difficiles. Jones a aussi fait appel en janvier au Docteur Sherylle Calder qui est spécialiste de la vision et qui part du principe que l’œil doit être quotidiennement entraîné, notamment au sein de la génération actuelle de sportifs qui utilise très fréquemment des écrans (téléphones, tablettes...) : sa méthode a pour but d’élargir le champ de vision périphérique et de réduire les temps de réaction et de décision.

Jones résume ainsi sa démarche : "Quand on doit entraîner des groupes d’une quarantaine de joueurs, il faut compartimenter les secteurs pour pouvoir être précis". Mais il faut voir dans le coach des Anglais un insatiable chercheur de nouvelles expériences et expertises, probablement le plus exigeant et ouvert dans ce domaine : au Japon d’ailleurs, il s’était tourné vers d’autres sports comme le baseball ou le sumo pour inspirer et faire progresser ses joueurs. Cette volonté farouche d’améliorer la performance de son effectif est celle d’un homme viscéralement exigeant et perfectionniste qui trouve toujours des axes de progrès et considère donc nécessaire de faire sans cesse appel à de nouvelles personnes : "C’est ma façon de mettre des coups de marteau sur la tête de ceux qui se croient arrivés, des joueurs qui se laissent parfois aller et qui disent : ça c’est bon, on sait faire. Mais en fait, on ne sait jamais faire…".

Evidemment, un staff aussi pléthorique (le XV de France ne fait par exemple pas appel à autant de consultants…) que celui d’Eddie Jones n’est pas envisageable dans un sport amateur comme le Horse-Ball mais certaines bonnes pratiques et idées venues d’autres sports peuvent probablement être transposées. Compte tenu du lien de parenté entre notre sport et le rugby, il est probablement imaginable de faire appel à des experts de l’Ovalie sur le jeu de contact ou le jeu en touche... Luc Laguerre ne s’y est certainement pas trompé d’ailleurs quand il a organisé à quelques heures de la dernière finale de la Coupe du Monde au Portugal une remise des maillots à ses joueurs, s’inspirant complètement de la tradition rugbystique...

DEVELOPPER LE LEADERSHIP CHEZ LES JOUEURS

Le leadership est une qualité capitale pour de nombreux managers, qu’ils soient dans le monde de l’entreprise comme dans le monde sportif. Pour faire d’ailleurs le lien avec l’un de mes billets précédents, Sir Alex Ferguson a une définition remarquable de son travail : "Mon job, c’était de montrer à tous que l’impossible est possible. C’est toute la différence entre le leadership et le management".

Cotter et Jones insistent tous les deux sur l’émergence de leaders pour améliorer durablement les résultats de leurs équipes. Cotter précise : "C’est important parce que ce sont les joueurs qui sont les acteurs. Ils doivent savoir ce que c’est, les responsabilités ! Certains sont les leaders sur le terrain, d’autres mènent ce qu’on appelle le thistle : un groupe chargé de cultiver la culture écossaise, nos standards et la façon dont on vit tous les jours. C’est important de voir que tes leaders prennent l’habitude de sentir les situations. Parce que le rugby, c’est quelque chose que l’on sent et qu’il faut le communiquer aux copains…".

Eddie Jones confie sur le même registre : "Je suis à la recherche du leadership absolu !", mettant ainsi en lumière sa volonté de mener ses joueurs à prendre plus de responsabilités et à agir et réagir sans lui. Et ce, même si l’Australien déplore le manque de leaders actuels dans le rugby anglais : "Nous en avons quatre et chacun apporte quelque chose de différent mais il nous en manque encore cinq ou six pour être capables de gagner la Coupe du Monde. Chaque équipe championne du monde a eu neuf ou dix mecs, sur le terrain ou en dehors, qui savaient emmener les autres".

Un manque de leaders que Jones explique comme un problème de société : "Dans la plupart des sports à travers le monde, les joueurs sont surprotégés. Ils passent leur temps dans des centres de formation où on leur dit quoi faire, quoi manger, quels vêtements porter. Et quand ils arrivent en club ou en équipe nationale, ils ne savent plus s’engager, exprimer une opinion, proposer une idée. Ils attendent qu’on leur dise quoi faire et ne vivent plus par eux-mêmes. C’est énormément de travail de rendre des joueurs indépendants".

Un manque de leaders qui explique que Jones ait laissé le capitanat au bad boy Dylan Hartley bien qu’il ait déjà écopé, dans toute sa carrière, de soixante semaines de suspension, dont six récemment infligées suite à un carton rouge lors d’un match de Coupe d’Europe de son équipe de Northampton, un carton qui avait conduit Eddie Jones à asséner un cinglant commentaire : "Dylan a laissé tomber son club et son pays". Pourtant, Dylan a des qualités importantes dont Jones avoue ne pas pouvoir se passer : "J’aime la franchise un peu brutale de Dylan. C’est un gars frontal qui va tout de suite reprendre celui qui fait mal son boulot". Le coach Australien souligne aussi que ses quatre meneurs d’équipe ont des qualités différentes, pointant du doigt la diversité nécessaire de types de leaders : Owen Farrell, s’il est direct comme Hartley, s’implique beaucoup dans les plans de jeu, Vunipola sent battre le cœur de l’équipe et Brown est un sensible.

Jones explique qu’il cherche à détecter les joueurs qui pourront être ses futurs leaders en s’intéressant à leurs histoires personnelles : pour lui, les leaders ont souvent connu des difficultés dans leur jeunesse qui les ont amenés à développer leur indépendance et les plus difficiles à gérer sont ceux qui ont été reconnus très tôt comme des futures stars ou les joueurs incontournables de leur club. Pour renforcer cette aptitude au leadership, Eddie Jones pousse les membres de son équipe à toujours plus de franchise en leur lançant régulièrement : "Si les séances qu’on vous propose ne vous conviennent pas, vous ne devez pas accepter". Le coach aimerait que son groupe n’hésite pas à aller à l’encontre de son avis dès qu’il le juge nécessaire...


La transposition est immédiate pour les horse-balleurs et leurs coaches : chaque équipe doit pouvoir s’appuyer sur des leaders capables de porter la vision dont nous avons parlé au début de ce billet et de relayer les attentes du staff dont nous avons aussi souligné l’importance ! Je laisse chacun d’entre vous de chercher dans les équipes que vous supportez ceux qui mènent le groupe, ceux qui pourraient le mener mais n’osent pas et ceux qui n’ont à ce jour pas ces qualités-là. Si on applique le ratio de leaders recherchés par Jones (entre 60 et 70%), on arrive pour une équipe de six cavaliers à un besoin de quatre meneurs. Et pour les équipes nationales engagées avec huit joueurs, on tourne rapidement à cinq leaders recherchés !

D’ailleurs, à quelques jours de l’annonce des longues listes du Groupe France pour 2017, il sera aussi intéressant de voir qui sont ou seront les leaders des équipes de France, notamment après l’arrêt à l’issue de la Coupe du Monde de trois des cadres majeurs de l’équipe mixte. Une question que Raphaël Dubois, à l’instar de ses confrères de l’Ovalie, doit forcément déjà se poser...

Horse Ball

  Olivier Leschiera a découvert le horse ball grâce à ses deux filles qui le pratiquent à Montéclin (Ile de France). Grand amateur de sport en général mais non-cavalier, il s'est épris de cette discipline et a à coeur de partager sa passion, soit en commentant régulièrement des matches (il est l'un des speakers sur l'évènement "Jardy - Horse Ball"), soit en écrivant, notamment sur la page Facebook de la HB little family qu'il a créée en ce sens.

Horse Ball

 

Vos commentaires

Publié par test le 15-02-2017 10:02

Petite proposition au niveau des leaders comme tu le dis pour chaque equipe PE:
Bordeaux: Romain, jean ba et benji
Chambly: difficile de trouver un reel leader comme a lepoque de MOS mais jerome semble le faire
Lille: tom, antoine, romain et greg (bientot nathan) D'ou le performances cette annee
Mash : johan
Angers : robin et benjamin (dans leurs style)
Agon: clement et arthur
Rouen: gerald
Aramon : Malgres que jose ou mathieu sortent un peu plus du lot, pour moi ils n'ont pas de reel leader
ouest lyon : thomas dans sa transmission d'energie et d'envie au coequipier
Bellegarde: personne ne rempli ce role de leader pour moi

Bien evidemment, ce n'est que mon avis, peut etre vrai ou peut etre faux, je ne suis pas a l'interieur ou le coach de chacune de ces equipes, c'est qu'un ressenti exterieur

Cordialment

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