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C.Desormeaux : calme, en avant et droit

Auteur : www.horse-ball.org | Date : 02-05-2020

INTERVIEW
Christophe DESORMEAUX - Samedi 02 Avril 2020

Si les grandes compétitions nationales occupent une large place dans le paysage horseballistique français, l'avenir et la réalité du horse ball se situent essentiellement dans les différentes régions de l'hexagone.

En effet, chaque week-end, de nombreuses équipes de tous les niveaux et composées de cavaliers de tous les âges, s’affrontent à travers la France. C’est également dans ces régions que débute le développement de notre discipline aux travers d’initiatives diverses visant à amener au horse ball de nouveaux clubs et de nouveaux joueurs.

La rédaction de www.horse-ball.org a souhaité donner la parole aux principaux acteurs de notre sport dans les régions... et nous prenons aujourd'hui la destination de la zone Sud-Ouest, à la rencontre de Christophe Desormeaux.

Joueur, dirigeant, responsable de zone, organisateur, arbitre, entraîneur de tous les niveaux (national et international)… et surtout "homme de cheval" connu et reconnu au sein de notre discipline, Christophe Desormeaux est l’un des personnages incontournable du horse ball français depuis les débuts de la discipline au début des années 80. Possédant un large spectre des différents « rôles » qui font notre discipline et ayant côtoyé les hommes et femmes qui ont participé au développement de la discipline, il nous livre (sans concession), sa vision du horse ball mais également son opinion sur l’évolution du dressage des chevaux !

Horse Ball

. Bonjour Christophe. Vous faites partie de cette génération qui a presque tout connu du horse-ball. Vous avez (et vous continuez), à endosser de nombreux rôles… Pouvez-vous nous parler de votre parcours dans le monde horse ball ?

. Christophe Desormeaux : J’ai été contaminé par le virus (humour moyen je vous l’accorde en cette période particulièrement difficile pour tous) en découvrant par hasard un match de horse ball un soir de 1979 dans le manège de Poitiers. Premier match en 1981, fracture du nez… nouvel essai  en 1984 pour un bail de compétiteur de 10 ans.
En 1988 Jean-Paul Depons me propose les écuries de Blanzac en location. Le grand saut dès la rentrée 1989. Mes coéquipiers de Poitiers me suivent, début d’une aventure de passion. En 1994, je m’installe à quelques kilomètres de Castillon-la-Bataille chez une amie où nous créons une petite structure les écuries de Brandeau. Orientation poneys principalement avec très rapidement des équipes en compétition. Les années passant je m’oriente de plus en plus vers des interventions extérieures de stages ou travail/coaching personnel ou d’équipes en France comme à l’étranger. J’essaie aussi de former quelques chevaux de commerce.
En tant que joueur : 8 ans de réelle compétition avec en bonus les premières démonstrations internationales (Builth Wells Pays de Galles, Francfort, Golega, Wembley) les 2 premières coupes d’Europe, 4 titres nationaux,  1994 retraite sportive.
En tant qu’entraîneur national :
En 1998, la Fédération Française m’appelle pour m’occuper des poneys au sein de la DNEP. Aux côtés de mon ami Philippe Macé, je suis en charge du sportif lors des championnats de France Jeunes (l’ancêtre du Grand Tournoi) jusqu’en 2002. Organisateur du premier Tournoi International Minimes et Cadets en 2002 à Lamotte. Sélectionneur National Poney de 2004 à 2006. Philippe Thiebault (alors DTN à la FFE) me demande (dans l’urgence) d’aller à Madrid dispenser un stage, sélectionner et accompagner en Autriche pour la Coupe d’Europe, la première équipe Espagnole.
En 2006, je passe une année à entraîner la squadra Azzura pour préparer les Championnats d’Europe en Belgique.
De 2012 à 2014, Raphaël Dubois me contacte pour accompagner l’équipe de France Pro Elite.
En en 2016 « La perfide Albion » (Grande Bretagne), me fait signer (un contrat en or) pour un projet portant à la fois sur les mixtes et les féminines. Projet toujours en cours !

. Pouvez-vous nous parler de vos meilleurs souvenirs ? Les femmes, les hommes, les équipes, les chevaux… qui ont marqué votre histoire et celle de la discipline ?

. Christophe Desormeaux : La liste est longue mais je citerai dans le désordre… la première épopée internationale au Pays de Galles. Tout était parfait (André Ponzo a d’ailleurs conservé son blouson de 1988, la légende raconte qu’il dort encore avec !). Les yeux pleins d’amour de Mike, David et Ben en s’étreignant juste après la victoire face à la Belgique pour une première médaille Britannique dans l’histoire, chez les mixtes. Deux papas en pleurs dans mes bras à l’annonce de la sélection de leurs enfants en Equipe de France Under 16,  fruit de dix années à me supporter au club ! L’équipe de France cadets 2005 en larmes après les discours de Luc et Christine Laguerre lors de la remise des maillots effectuée par 2 légendes de l’époque. Le défilé dans le stade d’Ornado à Caen lors de la cérémonie d’ouverture des JEM en 2014, des embrassades d’après match ou les regards sont plus forts que les mots (Olivier Leschiera sort de ce corps !).
Offrir du rêve, c’est ce que Jean-Paul Depons m’a appris (en autre) et c’est ce que très modestement dans mon rôle d’entraîneur, j’ai parfois réussi à faire lorsque les planètes étaient alignées.
Le premier nom de femme qui a marqué l’histoire est pour moi celui de Christine, Orgels à l’époque pour l’état civil. Elle a imposé la mixité quand beaucoup voulait l’interdire mais surtout était au dessus du lot. Eve, un caractère bien trempé là aussi… Je l’ai vu grandir et déjà en poussin elle ne supportait pas la défaite. Sa capacité à jouer avec des dizaines de chevaux tous très différents, ce qu’elle a construit avec sa famille.
Les hommes qui ont marqué mon histoire mais aussi la discipline. En haut de la liste Jean-Paul Depons sans qui rien n’aurait commencé pour moi. Mes amis de plus de 30 ans : Thomas Soubes, Luc Laguerre avec qui j’ai partagé les meilleurs comme les pires moments de la vie… Philippe Macé, très important pour la discipline sans faire de bruit, travailleur infatigable, il m’a entraîné avec lui dans l’aventure et le développement du horse ball poney dans les années 90 et nous travaillons toujours ensemble ; mais aussi quelques personnes vraies avec du caractère… avec qui je suis proche depuis des années, Dominique Bouchery, Yves Tosetto entre autres. Je rajouterai ceux avec qui j’aime à échanger sur le cheval  (même si ces moments sont trop peu nombreux !) Yannick et Mikel Legall, Jean Baptiste Depons.
Pour les équipes : le Bordeaux des années 80 précurseur dans tous les domaines, Bordeaux et Nîmes/Aramon pour les années 90, Chambly, Arles et Bordeaux depuis 20 ans les dernières équipes qui m’ont soulevé de mon siège.
Le cheval qui a marqué mon histoire c’est Neptune. Nous avons tout fait ensemble sous les couleurs de Poitiers, Bordeaux et l’Equipe de France. D’autres noms me viennent aussi : Valentin et Fredo que j’ai eu chez moi à leur début, Neska, Alpidivo, Courchop.

. L’image « d’homme de cheval » vous colle à la peau… Vous êtes une « référence » dans l’approche, le travail et la préparation des chevaux de horse-ball. Quel est votre regard sur l’évolution des chevaux de horse-ball à travers le temps ?

. Christophe Desormeaux : La première génération utilisait le cheval Ibérique. De la maniabilité certes, mais un manque de vitesse qui saute aux yeux pour ceux qui peuvent revoir les matchs du siècle dernier sur leur cassette VHS ! Les anglos et les pur-sang sont arrivés avec un jeu qui a énormément évolué en terme de vitesse. Je ferai un commentaire quant à l’évolution du dressage des chevaux qui pour moi n’a pas connu le même bon en avant. J’y reviendrai plus tard.

. Pour vous, quel est aujourd’hui le stéréotype du bon cheval de horse-ball ?

. Christophe Desormeaux : Il n’a pas changé depuis plus de 20 ans à savoir, un dos court, de bons aplombs, un mélange d’explosivité et de tête froide, une bouche légère (mais beaucoup de joueurs(es) ont un problème à gérer cela).

. D’après-vous quel est le principal défaut des chevaux de horse-ball actuels ?

. Christophe Desormeaux : Leurs cavaliers j’aurai envie de vous répondre ! Plus sérieusement, beaucoup de joueurs pensent qu’il faut des chevaux rapidfes et explosifs, premier critère de choix. Trop de recherches de modèles alliant taille et puissance avec un dressage qui pour beaucoup reste insuffisant de mon point de vue.
J’ai eu, au soir de la défaite historique des Français contre l’Espagne à Saint Lô, une conversation en aparté avec l’un des joueurs, en réponse à mon commentaire sur des chevaux qui me semblaient jouer excessivement vite, j’ai reçu : «  je ne pouvais pas freiner... ».
Je reste persuadé que plus les chevaux sont dans le sang, plus il faut passer de temps sur leur dos sur le plat à travailler calmement dans des cadences lentes, pour avoir du contrôle et qu’ensuite on pourra petit à petit introduire la vitesse. Pour rester positif nous avons maintenant une grande majorité de vrais chevaux de sport mais les pilotes ne sont pas tous à la hauteur.
Toujours avoir en tête les paroles du général l’Hotte « Calme, en avant, droit » qui devrait être une obsession pour tous !
Je ne vais pas me faire que des amis mais je vous citerai un exemple qui pour moi est édifiant. En fin d’année 2019, j’ai eu le plaisir d’intervenir à Meurchin auprès des joueurs(es) phares du club. J’ai mis en place un exercice de routine de tirs afin de vérifier le contrôle des trajectoires et du rythme où certains étaient en difficulté mais où l’ensemble de la cavalerie maîtrisait les fondamentaux. C’est loin d’être le cas dans toutes les équipes des circuits fermés, idem pour les ramassages… Désolé d’être direct mais voilà c’est dit !

. Avec votre expérience, vous avez vu et côtoyé de nombreuses générations de joueurs, entraîneurs, dirigeants… Quel est votre regard sur l’évolution, les préoccupations et l’état d’esprit des uns et des autres ?

. Christophe Desormeaux : La grande différence avec les premières années est à mon sens que chacun peut trouver aujourd’hui un projet sportif en adéquation avec ses possibilités qu’elles soient financières, de temps libre mais aussi de niveau.
On voudrait tous jouer dans de beaux endroits, que ça ne coûte pas cher et ne pas faire de kilomètres… C‘est ce que j’entends depuis 35 ans de la bouche de quelques donneurs de leçons qui pour beaucoup ne se sont jamais investis pour les autres. J’ai eu les contraintes d’un joueur, d’un dirigeant de club, d’un entraîneur, d’un sélectionneur, d’un arbitre, d’un papa mais aussi  d’un organisateur régional, national ou international, d’un responsable fédéral régional, national, de bien connaître le fonctionnement fédéral et trouver un système qui convienne à tous n’est pas chose facile . Il y a beaucoup d’internautes qui ont des idées sur tout mais surtout des idées (Coluche). Jusqu’au début des années 2010 on refaisait encore le monde à la buvette, aujourd’hui c’est plus à travers les forums. Oui, il faut sans doute faire évoluer nos circuits de haut niveau mais en prenant en compte la problématique de tous les acteurs et pas simplement à travers son propre prisme.

. Pour vous, quels sont les forces et les faiblesses de notre discipline ?

. Christophe Desormeaux : Tout d’abord je suis toujours frappé par une constante chez tous les acteurs, toutes les générations, la PASSION. Celle-ci nous fait souvent oublier la raison, ce sport ne laisse pas indifférent ses pratiquants, c’est un fait, une évidence !
- Les forces de ce sport :
. le fait de pouvoir allier sport collectif et individuel.
. de pouvoir faire de la compétition assez rapidement voir très rapidement en prenant du plaisir quasi immédiatement.
. la richesse du horse ball en termes de domaines à maîtriser. Qualités équestres qui doivent permettre d’utiliser son partenaire voire de le dresser soi même, équilibre, sens du jeu collectif, technique individuelle. Pas le temps de s’ennuyer dans la semaine !
- Les faiblesses sont liées :
. de pouvoir faire de la compétition assez rapidement voir très rapidement en prenant du plaisir quasi immédiatement sans technique préalable car rien est obligatoire. Je ne peux pas tourner à gauche, tant pis je tourne à droite !
. Il faut une organisation de vie qui permette de dégager du temps, nécessaire pour ceux qui veulent prétendre au « haut niveau », un budget, ce qui n’est pas facile  entre  18 et 35 ans
. Le fait que rien n’est obligatoire. Quelques exemples : Mon cheval dévie à gauche, pas de problème j’attaque aile droite, il va me ramener au but. Mon cheval dévie face au but et bien je ne lâche pas les rênes et je tire à une main… Beaucoup de joueurs même de très bons joueurs sont les rois de l’adaptation, des acrobates de génie ! Nous sommes encore quelques uns à transmettre une autre philosophie : chercher à résoudre les problèmes. C’est plus long !

. Quel est votre souhait pour l’avenir du horse-ball ?

. Christophe Desormeaux : Revenir à un jeu qui déplace les chevaux autrement qu’en ligne droite mais pour cela il faut des changements règlementaires. Nous sommes plusieurs à penser cela et nous allons essayer de faire des propositions dans ce sens très prochainement.
Redonner plus de priorités aux attaquants car le horse ball d’aujourd’hui amène des scores de plus en plus étriqués, pour moi les défenses ont vraiment beaucoup plus progressé que les attaques.
Que nous puissions un jour avoir un système économique dans la discipline qui permette réellement de séparer le horse ball loisir tel que de nombreux clubs le pratique en France grâce à la FFE et son système de compétitions SIF, d’un véritable haut niveau comme on peut le voir dans les disciplines olympiques mais aussi l’endurance.

. Avez-vous un dernier message à faire passer ?

. Christophe Desormeaux : Je vais peut-être plomber l’ambiance mais se sera un message de prudence pour tous les cavaliers .Je souhaite très fort ne plus voir de chevaux sur les terrains qui me font peur, sur lesquels je ne prendrais pas le risque de faire jouer mes filles, le règlement évolue dans la bonne direction mais on doit encore aller plus loin, la vie est trop précieuse pour la mettre en jeu pour 20 mns « d’éclate ». Il y a beaucoup de plaisir à trouver sur les terrains autrement qu’avec des chevaux en manque de contrôle et malheureusement il y en a encore.

. Merci d’avoir répondu à nos questions… à très bientôt !

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